Clair Obscur Expedition 33 - Analysé par Juliana
Quel est le dernier jeu qui vous a vraiment pris au trip ? J’irai même plus loin : quelle est la dernière œuvre pour laquelle vous avez mis plusieurs jours à vous en remettre ? Vous me citeriez sûrement Red Dead Redemption, The Last of Us ou Animal Crossing… Je plaisante, mais vous voyez où je veux en venir. Le problème, c’est que ces jeux ont maintenant quelques années. Depuis longtemps, plus aucun studio ne semble oser prendre de véritables risques. Enfin… ça, c’était avant l’arrivée de Clair Obscur.
Laissez-moi vous expliquer comment ce jeu a marqué le monde du jeu vidéo en moins d’un an. Je commencerai par son univers si particulier, puis par son récit millimétré, sans oublier ses références, ses inspirations et son impact sur le marché.
Dim dam da di dam… une mélodie entêtante qui vous charmera immédiatement. La discographie réalisée par Lorien Testard vient sublimer les histoires, les combats et les décors. Ces mélodies, composées par un professeur, sont chantées dans un langage créé spécialement pour le jeu, puis en français, par Alice Duport-Percier, chanteuse lyrique. Les chansons racontent l’histoire des personnages. Ainsi, pour éviter tout spoiler dès le début, vous ne comprenez pas immédiatement les paroles. Mais plus vous progressez, plus le langage inventé laisse place au français. Le joueur replonge alors dans des musiques d’époque, enrichies de touches de rock modernes.
Laissez-vous porter dans un univers entièrement fait de peinture. Si ce jeu est si entraînant, c’est grâce à son univers unique, sa trame narrative audacieuse et ses personnages attachants. Clair Obscur prouve une nouvelle fois qu’un joueur n’a pas besoin de multijoueur comme Fortnite, de gunfights incessants comme Call of Duty ou de dopamine à outrance comme Apex pour rester scotché devant une œuvre. Car oui, Clair Obscur
est une œuvre à part entière, qui a su toucher le cœur de millions de gamers à travers le monde.
Je vous propose alors de remonter à l’époque du surréalisme. Observez les coups de pinceau, leur style, leur sens du détail. Ce mouvement artistique a inspiré bien plus que des peintres : il a influencé l’art dans son ensemble. Plongez dans un monde où seule l’imagination dicte la vie, accessible à travers un tableau, comme si l’on entrait dans une armoire pour découvrir le monde de Narnia.
Lumière est la ville qui inaugure cette aventure. La Belle Époque, le XIXᵉ siècle, Paris : tout est réuni pour vous plonger dans les clichés à la française. Mimes, baguettes, bérets, marinières… vous vivez une véritable vie parisienne. En bonus, quelques références bien connues, comme la SNCF. Baladez-vous dans des rues où les bâtiments lévitent, jusqu’à découvrir une tour Eiffel courbée. Une fois arrivés sur le continent, les décors deviennent encore plus impressionnants : forêts aux mille couleurs, mondes aquatiques aux algues et coraux lumineux. Ces environnements extravagants vous mèneront à la rencontre de nombreuses créatures, toutes différentes les unes des autres, des gestrals aux névrons, sans oublier François le caillou.
Vous suivrez Maëlle, le personnage clé de l’aventure. Vous apprendrez son histoire, découvrirez son évolution et, si vous avez pleuré devant Titanic, préparez les mouchoirs : vous pleurerez avec elle aussi. Sa voix vous semblera peut-être familière : il s’agit de celle de Zelda, interprétée par Adeline Chetail, qui prête également sa voix à Ellie dans The Last of Us. Le casting de doublage est d’ailleurs très reconnaissable. Alexandre Gillet, voix française de Captain America, interprète Gustave, lui aussi central dans l’histoire. On retrouve également Féodor Atkine, célèbre voix de Jafar dans Aladdin, dans le rôle de Renoir, un personnage qui lui ressemble beaucoup.
Mais si je devais choisir un personnage, ce serait Esquie sans hésiter. Imaginez un énorme nounours capable de voler, de nager et d’être redoutablement puissant, avec une tête en forme de masque et une voix enfantine et niaise, du genre : « Moi je suis Ouaiiiis et François est bouhhhh ! ».
Vous découvrirez ainsi l’histoire d’une famille brisée par un drame, qui cherche à fuir la réalité. Le jeu aborde des thèmes rarement mis en avant, comme le deuil et les relations familiales. Malgré son univers fantastique, toutes les émotions sont présentes, même les plus douloureuses. La narration est digne des plus grands films de cinéma.
Le jeu repose sur une double intrigue : tuer la Peintresse afin de mettre fin au sort, et comprendre l’origine de cette créature grâce aux découvertes faites par les expéditions précédentes. Dans ce monde, l’espérance de vie diminue chaque année, touchée par une malédiction rappelant celle lancée par Maléfique dans La Belle au bois dormant. La Peintresse efface les habitants de la ville qui dépassent l’âge inscrit sur le Monolithe. Cette année, il est fixé à 33 ans.
Vous partirez donc à la conquête de cette créature qui détruit des familles chaque année, lors d’une nouvelle expédition, la 33ᵉ, à la recherche d’indices laissés par les précédentes. Vous comprendrez alors pourquoi il n’existe pas d’expédition numéro 1. Le réalisateur a même évoqué son souhait d’adapter l’histoire au cinéma. Au-delà de sa création, Clair Obscur a eu un réel impact sur l’industrie du jeu vidéo.
Chaque détail du jeu est pensé pour renforcer l’immersion, et le succès est au rendez-vous. Neuf récompenses lors de la cérémonie équivalente aux Oscars du jeu vidéo, avec en prime le titre de Game of the Year. Clair Obscur est le jeu de l’année 2025. Sandfall Interactive, le studio derrière ce chef-d’œuvre, a prouvé qu’avec peu de moyens, on pouvait faire mieux. Proposé à seulement 45 €, là où beaucoup de jeux
atteignent aujourd’hui les 90 €, il se démarque des grosses productions habituelles. Pourtant, il s’agit du tout premier jeu de ce studio montpelliérain. Guillaume Broche, réalisateur et PDG, a commencé seul avant de s’entourer d’une équipe pendant cinq ans pour donner naissance à Clair Obscur. Le budget, estimé à environ 10 millions d’euros, reste faible comparé aux centaines de millions investis dans certains blockbusters. En quelques semaines seulement, le jeu s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires.
À cela s’ajoutent les produits dérivés et une tournée de concerts européenne, affichant complet en quelques heures. Clair Obscur est aussi une œuvre musicale à part entière, célébrée à travers des concerts retraçant ses morceaux les plus marquants. Le jeu a largement dépassé le cercle des passionnés pour conquérir le monde entier.
Un autre point important concerne le rythme et l’expérience du joueur. Clair Obscur prend le temps. Il ne cherche jamais à presser ni à surstimuler. Les combats, la narration et l’exploration laissent respirer le joueur. On avance à son rythme, on observe les décors, on écoute les musiques et on s’attache progressivement aux personnages. Cette lenteur maîtrisée est rare aujourd’hui dans le jeu vidéo.
Ici, le jeu fait le pari inverse : il fait confiance au joueur. Le gameplay, simple à prendre en main, devient progressivement plus stratégique. Chaque affrontement a un sens, chaque progression sert le récit. On ne joue pas seulement pour gagner, mais pour comprendre.
Pour conclure, Clair Obscur n’est pas simplement un bon jeu vidéo, c’est une véritable expérience artistique. Son univers peint à la main, sa direction artistique inspirée de l’impressionnisme, sa musique envoûtante et ses personnages profondément humains forment un ensemble rare et cohérent. Tout dans ce jeu est pensé pour faire ressentir, pour émouvoir et pour marquer durablement le joueur.
Son histoire, bouleversante et sincère, aborde des thèmes forts comme le deuil, la famille, l’amitié et l’acceptation de la perte. On rit, on s’attache, on souffre parfois, mais surtout, on se souvient. Peu de jeux réussissent à provoquer autant d’émotions et à laisser une trace aussi forte une fois la manette reposée.
Enfin, Clair Obscur a prouvé qu’il était possible de faire mieux avec moins. Un studio français indépendant, un budget maîtrisé, un prix accessible, et pourtant un succès mondial, récompensé par de nombreux awards et un titre de Game of the Year. Il a rappelé à toute l’industrie que la prise de risque, la créativité et la passion peuvent encore faire avancer le jeu vidéo.
Alors oui, je suis peut-être un peu chauvin, mais c’est une fierté de voir une œuvre française s’imposer à l’échelle mondiale. Si vous cherchez un jeu qui ne se contente pas de divertir, mais qui vous transporte, vous touche et vous reste en tête longtemps après l’avoir terminé, alors laissez vous envoûter par Clair Obscur : Expédition 33.
Article : Juliana Burel


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