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Red Dead Redemption 2 - Décortiqué par Mathias

Fin 19e, 1899, l’ère du far west et des cowboys touche à sa fin, Dutch Van Der Linde et sa bande sont traqués de toute part après un braquage raté. On incarne Arthur Morgan, homme de main le plus fidèle du chef de gang, hors la loi depuis son plus jeune âge, c’est un homme simple qui obéit aveuglément. Au fil de l’histoire, nous nous retrouvons en quête

de notre humanité et d’un sens dans ce monde qui ne veut plus accueillir ces bandits du grand Ouest. Entre braquage, fusillade et conflit interne, Red Dead 2 signe une histoire magistrale digne du septième art et des westerns spaghetti tels que Le Bon, la Brute et le Truand, avec une recette gagnante : celle du monde ouvert ultra détaillé et lent. C’est un jeu qui va à contrecourant des AAA depuis 2018.


L’histoire se déroule en chapitres, un par étape d’arrêt de la bande de Van Der Linde, et le premier commence au milieu des montagnes plongées dans un blizzard épais. Il fait oƯice de tuto pour nous présenter les différents protagonistes et le gameplay, mais il est lent, très lent. Cela m’a paru être un défaut au début, mais ce trait de caractère typique du jeu de Rockstar est en fait un de ses plus grands atouts.


Dès le 2e chapitre, nous sommes lâchés dans la vie d’Arthur au milieu des grandes plaines verdoyantes d’une Amérique fictive mais très inspirée de la réalité, comme en a l’habitude le studio à l’étoile. Les balades à cheval sont le sentiment de liberté le plus pur dans un jeu vidéo que je n’ai jamais ressenti. C’est maniable, rapide et lent à la fois, on se sent puissant mais minuscule dans ces vastes étendues de l’Ouest américain, souvent seul au monde à observer le gibier qui traverse le chemin à votre arrivée. Mais cette solitude est parfois brisée par des événements spontanés qui arrivent aléatoirement à la croisée d’un chemin ou au bord d’un lac. Des fois, ce sont de simples passants qui demandent votre aide après avoir été mordus par un serpent, et, d’autres fois, ce sont de véritables quêtes secondaires qui s’ouvrent à vous avec de nouveaux personnages tous plus intéressants les uns que les autres.


L’histoire, bien que ce soit un chef-d’œuvre cinématographique digne d’Il était une fois dans l’Ouest ou Django, est malheureusement un peu gâchée par ses missions répétitives, qui, pour la plupart, manquent de rapidité et d’action et dont l’intérêt est assez discutable d’un point de vue gameplay pur. Mais elles sont essentielles pour comprendre comment le monde dans lequel Arthur évolue fonctionne. Une simple mission de pêche avec notre neveu ? Inutile ? Non. C’est dans la cinématique (qui porte magnifiquement bien son nom ici) que nous rencontrons l’agent Ross et les Pinkertons, les «antagonistes » de ce jeu. Lors de cette discussion houleuse qui conclut le second chapitre, on comprend que le gang est poursuivi par une milice puissante qui veut éradiquer les bandes de hors-la-loi. Et c’est la même chose avec chaque cutscene. Un braquage peut vous amener à rencontrer les forces de l’ordre et entrer en fusillade sans trop de conséquences pour le groupe. Et le braquage d’après, avec le même gameplay dans une ville différente, ce même braquage entraînera la mort de 2 des amis d’Arthur, et il se retrouvera sur l’île de Guarma (Cuba). Chaque mission donnée par le jeu est très scénarisée et répétitive du point de vue du gamer pur, mais ce sont de vraies leçons de cinéma pour ceux qui apprécient l’histoire.


Et que dire de ce fameux Arthur Morgan. Il n’est ni le héros qu’il pense être, ni l’anti-héros de son histoire. En le jouant, on incarne un homme simple, qui ne questionne rien de son mode de vie ou de son monde. Puis, au fur et à mesure des braquages ratés, des tensions au sein du gang et des rencontres, il commence à douter, à changer. Il se modernise et entre en conflit avec lui-même, nous pousse à réfléchir sur nous-mêmes, qui vivons 125 ans plus tard, sur notre rapport aux autres et à notre monde. De plus, le joueur a la possibilité de contrôler la jauge de réputation du personnage. On choisit d’incarner un bandit respectueux des plus pauvres, épargnant des vies : on sera récompensé par les habitants qui nous salueront chaleureusement au détour d’un saloon. Au contraire, si l’on décide de tuer le moindre paysan qui nous manque de respect (ce qui arrivera régulièrement), on finit par se faire insulter dans la rue, et la police n’hésitera pas à nous pourchasser plus souvent.


Roger Clark incarne Arthur d’une manière extraordinaire, et sa voix a fait vibrer des millions de joueurs. Et il en va de même avec tous les membres de la bande, qui ont chacun leur personnalité et évoluent différemment. Le PNJ le plus abouti est unanimement Sadie Adler. Le gang la recueille dès la première mission après que sa maison ait été brûlée par la bande rivale, les O’Driscolls. Elle commence en étant une femme fébrile en quête de vengeance et finit par devenir une vraie guerrière sanguinaire, prête à tout pour se rendre justice. On la voit évoluer dans tous ses aspects : la première fois qu’elle touche à une arme à feu, celle où elle tient tête aux hommes du groupe, le moment où elle devient indépendante, etc.


Suite directe de Red Dead Redemption, adulé à l’époque de sa sortie pour être le monde ouvert le plus réaliste et abouti, il est couvert des mêmes éloges aujourd’hui encore, pourtant 7 ans après sa sortie. Récemment exporté sur les consoles « Next Gen », il reste pour beaucoup le monde ouvert le plus réaliste et beau jamais réalisé. Pour certains, son gameplay lent rend le jeu ennuyeux, mais c’est justement ça qui rend ce jeu si unique et beau. C’est un jeu qui nous donne le temps d’admirer la neige sur les sapins, la trace de nos santiags dans la boue ou la Voie lactée à la tombée de la nuit, autour d’un feu de camp.


Pour ma part, je suis très peu objectif lorsque je parle de ce chef-d’œuvre, puisque j’ai fait l’histoire non pas une fois, non pas deux fois, mais bien 5 fois. Et chaque partie recommencée était différente. La première fois, j’avais 14 ans, j’étais fan de cowboy et j’ai dévoré le jeu sans même regarder les cinématiques... Quelle erreur ! Je n’avais rien compris à l’histoire.


Alors le confinement est arrivé, et avec le temps que j’avais, j’ai recommencé, j’ai tout vu, non, j’ai tout admiré. Entre mes premiers easter eggs trouvés et les premiers innocents épargnés, j’ai découvert une autre facette de ce jeu, celle du « bon hors-la-loi ». Et je ne vous cacherai pas le fait que c’est sans aucun doute le jeu qui m’a fait le plus pleurer dans ma vie. Entre le bonheur de retrouver un frère d’armes qu’on croyait mort et surtout le malheur de ceux que l’on a vraiment perdus, l’attachement émotionnel et l’immersion dans le jeu m’ont rendu sensible à ces amas de pixels qui sont devenus de vrais compagnons de jeu, dont j’étais content de retrouver toute l’après-midi sur ma PS4.


Et puis les années sont passées, j’ai recommencé à jouer au jeu sur PC cette fois, avec des mods (mais ce n’est pas le sujet). J’étais en première, j’avais 17 ans. Je connaissais déjà l’histoire par cœur, et même si ma gorge se nouait à chaque fois qu’une mission où l’on perdait un frère arrivait, je continuais inlassablement à suivre ce récit comme on regarde son film préféré pour la 3e fois. J’ai surement pris ici l’importance des histoires secondaires, c’est sûrement ma partie la plus longue, avec presque 250 h de jeu sur peut-être 500 h de jeu (20 jours quand même) en cumulé. Chaque petite histoire anodine en apparence est une leçon de game design et transmet la passion des devs pour ce jeu. Chaque personnage rencontré, que l’on a aidé, nous a apporté quelque chose d’humain et nous rappelle que nous ne sommes pas le centre du monde. Ce dernier vit sans nous, entre gibier qui se chasse entre eux, villageois faisant leur journée de travail normalement ou campeurs qui nous accordent le gîte. C’est l’aventure qui m’a permis de me rendre compte de l’importance de l’autre, de l’humain. On parle d’un jeu vidéo qui m’a appris à vivre en société. UN JEU VIDÉO !


Enfin, pour cette émission, j’ai recommencé à jouer au jeu. 6 ans après ma première partie, je suis toujours fan incontesté de la licence et de ce 2e opus, mais j’ai perdu cette appréhension des futures missions, je n’ai plus ce sentiment de découverte. Cela ne m’empêche pas d’apprécier y jouer, et qui sait, peut-être apprendre ou découvrir quelque chose de nouveau, car sur Red Dead Redemption, on n’a jamais fini le jeu.

 
 
 

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