The Witcher 3 - Encensé par Mathias
Avant d'être un phénomène du jeu vidéo, l'univers du Sorceleur est né sur le papier dans les années 1990, sous la plume de l'écrivain polonais Andrzej Sapkowski. À travers sa saga littéraire, l'auteur a dynamité les codes de la fantasy traditionnelle en créant un univers sombre, âpre, inspiré des mythes slaves, où les contes de fées sont passés au vitriol et où la morale n'est jamais manichéenne.
Quand le studio polonais CD Projekt Red décide de porter cet univers sur écran, il ne cherche pas à adapter les romans : il choisit d'en inventer la suite directe. Cela commence en 2007 avec le premier volet, sobrement intitulé The Witcher, où un Geralt amnésique tente de retrouver la mémoire et de protéger les secrets de sa confrérie dans la cité de Wyzima. Puis, en 2011, arrive The Witcher 2: Assassins of Kings, un épisode charnière où le sorceleur, accusé à tort d'un régicide, se retrouve propulsé au milieu d'un vaste complot d'assassins qui embrase les monarchies des Royaumes du Nord.
C'est cet engrenage de mémoire retrouvée et de chaos politique qui nous amène au chef-d'œuvre absolu de la trilogie : The Witcher 3: Wild Hunt.
Regardez bien notre héros au début de cette aventure. Il a les tempes blanchies par des décennies de traque, des cicatrices qui lui barrent le visage comme de vieilles cartes de géographie, et ce regard... Deux fentes d’or, des pupilles verticales de félin taillées pour percer l'obscurité. Dans son dos, deux épées : l’acier pour les coupe-jarrets, l’argent pour les aberrations de la nature. Cet homme, c’est Geralt de Riv, le Loup Blanc.
Geralt est un sorceleur, un mutant créé dès l’enfance par des élixirs toxiques et des rites magiques pour devenir la machine à tuer absolue. Mais sous son armure de cuir élimée et sa voix de basse désabusée, ce n'est pas un mercenaire ordinaire. Il est fatigué, bourru, profondément cynique, et surtout, il refuse obstinément de choisir entre un grand et un petit mal.
Le jeu s'ouvre pourtant sur une illusion de répit à Kaer Morhen, le vieux bastion montagnard des sorceleurs. Geralt se réveille aux côtés de la magicienne Yennefer de Vengerberg — son grand amour toxique, qui sent le lilas et les groseilles à maquereau —, tandis que leur fille adoptive, la jeune Ciri, s'entraîne sur les remparts une épée de bois à la main. Mais ce bonheur s'évapore en un battement de cils : ce n'était qu'un songe.
Geralt ouvre les yeux au petit matin dans la fange du village de Blanchefleur, assis près d'un feu avec son vieux mentor Vesemir. La réalité est brutale : nous sommes en pleine zone de guerre. Pour retrouver la trace de Yennefer, Geralt doit accepter des contrats sordides, autopsier des cadavres, négocier avec une garnison militaire d'invasion et abattre un griffon royal qui décime les troupes.
Une fois Yennefer retrouvée, le piège diplomatique se referme brutalement. Geralt est traîné devant l’empereur de Nilfgaard, Emhyr var Emreis. La géopolitique du Continent est au bord du gouffre : les armées du Sud envahissent le Nord, la famine et les épurations font rage. L'empereur lui confie une mission d'État : retrouver Ciri, son héritière de sang. Les couronnes et les services secrets veulent mettre la main sur elle pour asseoir leur domination ou s'approprier son Sang Ancien, un pouvoir capable d'ouvrir des brèches dans le temps et l'espace.
Mais Ciri est surtout traquée sans relâche par la Traque Sauvage, des cavaliers spectraux venus d'un autre monde pour asservir sa puissance. Geralt doit devancer tout le monde et n'a qu'une piste concrète : plonger dans le bourbier de Velen pour marchander avec un seigneur de guerre brutal et désespéré, le fameux Baron Sanglant.
Et c'est là que le monde s'ouvre. Traverser The Witcher 3, c'est encaisser un choc géographique et bestial permanent.
Vous commencez dans la boue de Velen, sous des pluies diluviennes, à traquer des noyeurs tapis sous l'eau croupie des marais ou un redoutable léchi, cet esprit sylvestre ancien à tête de crâne de cerf qui commande aux loups et aux racines. Puis vous découvrez Novigrad, cité monumentale étouffée par les bûchers de l'Inquisition religieuse.
Si vous prenez le large vers Skellige, les falaises noires de granit sont le repaire de terrifiantes sirènes volantes qui déchirent la coque des navires, tandis que dans les cavernes glacées des fjords rôdent des géants de glace.
Enfin, la consécration arrive avec les deux extensions cultes du jeu. D'abord l'ambiance faustienne et sombre d'Hearts of Stone, puis l'éblouissement total avec Blood and Wine et sa principauté de Toussaint. Fini la fange : on plonge dans un décor de carte postale digne de l'Italie renaissante, avec ses collines baignées d'un soleil d'or, ses vignobles à perte de vue et ses chevaliers en armure étincelante.
Quand le jeu d'origine sort le 19 mai 2015, c'est une déflagration visuelle et narrative. Mais si on relit les critiques de l'époque, les défauts techniques sautaient vite aux yeux.
Ce qui a toujours été pointé du doigt, c’est le manque de souplesse manette en main. Geralt est souvent une vraie tannée à manœuvrer : il tourne avec l’inertie d’un semi-remorque, s’arrête trois pas trop loin d’un coffre qu’on tente d'ouvrir, et la conduite d'Ablette, sa jument, tourne au calvaire dès qu'un buisson bloque le passage. En combat, le constat est similaire : les passes d'armes sont stylisées, mais la caméra perd régulièrement la tête dans les couloirs étroits ou dès qu'on affronte un groupe d'ennemis. On se retrouve à frapper dans le vide, gêné par un système de verrouillage capricieux et des esquives parfois imprécises. En clair : le jeu a considérablement vieilli dans ses mécaniques pures.
C'est exactement pour ça que la version remasterisée qui arrive va lui faire un bien fou. Graphiquement splendide à la base, le titre va bénéficier de contrôles assouplis, d'une caméra enfin domptée, de temps de chargement réduits et d'un confort moderne indispensable.
Pour ceux qui attendent de remonter en selle, voici la feuille de route exacte :
Le remaster de The Witcher 3 sort le 29 septembre 2026. Si vous possédez déjà le jeu original, la mise à jour est gratuite, et les deux extensions légendaires — Hearts of Stone et Blood and Wine — y sont intégrées sans débourser un centime.
La saga continuera d'écrire son histoire : une troisième extension inédite baptisée Songs of the Past arrive dès 2027. Selon les informations partagées par CD Projekt, cette nouvelle intrigue se concentrera sur la jeunesse de Geralt avant la guerre, levant le voile sur un contrat maudit lié à l'académie des magiciennes d'Aretuza. Une ultime parenthèse d'une dizaine d'heures pour boucler définitivement son arc narratif.
Pour la suite, le remake complet du tout premier The Witcher sous Unreal Engine 5 poursuit son développement. Et enfin, le véritable mastodonte, la suite directe baptisée The Witcher 4, qui ouvrira une toute nouvelle ère pour la franchise, est quant à elle officiellement fixée pour 2027.
Entre la fange de Velen et les salons dorés de Toussaint, l'acier et l'argent n'ont pas fini de raisonner. Préparez vos épées, car en septembre, ça va saigner.
Article : Mathias Fay



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